Le privilège de pouvoir partir

Prendre le large, garder les yeux ouverts

Je sais plus où j’ai lu que voyager, c’était politique. Mais je crois que j’ai réalisé qu’assez récemment ce que ça signifiait. 

Plus je voyage, plus je prends conscience de la chance de dingo que j’ai de pouvoir le faire. Et plus, dans le même coup, il m’est difficile d’ignorer les inégalités qui traversent ce monde. 

Mon passeport (de grande privilégiée) est tellement puissant qu’il me permet de traverser des tas de frontières, de vivre à l’autre bout du monde si ça me chante, de partir ailleurs quand j’en ai envie (et les finances). Des choses qui me semblent presque banales, mais qui ne le sont bien sûr pas pour tout le monde.

Je me sens ultra chanceuse d’être ici, en Australie. Mais putain, aussi sacrément impuissante.

Pendant que je construis une petite vie ici, il y a toujours les génocides au Congo et à Gaza, la guerre au Soudan, les déportations de l’ICE, les violences policières, des lycéen·nes qui se mobilisent pour défendre leur avenir et se retrouvent face à une répression massive, la précarité qui gagne du terrain, l’extrême droite qui progresse dans de nombreux pays….

Alors je me demande ce que signifie cette liberté quand elle est aussi mal répartie. Ce que ça veut dire de pouvoir mettre les voiles quand tant de personnes n’en ont pas la possibilité. Et de vivre loin de certaines réalités quand d’autres n’ont pas le “luxe” de détourner le regard.

Je ne dis pas ça pour culpabiliser d’être ici, mais j’espère ne jamais oublier que la liberté dont je dispose, moi, est bien loin d’être universelle.

Peut-être que ça commence simplement par là : ne pas détourner le regard, continuer à m’informer, soutenir, prendre position. Et me rappeler que pouvoir partir est un privilège, quand pour d’autres, traverser une frontière peut tout changer.

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